« Ifreann. Dawel. Quel clan choisirez vous ? Bienvenue au pensionnat Deane, là où les rêves ne sont qu'utopiques … ♪ »
 
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 Arwen ▬ Together ?

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Ginnie A.
« Élève de la classe Neptune. »
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Messages : 32
Date d'inscription : 29/12/2012
Feat. : Yahisa Tsukiko [Starry Sky]

MessageSujet: Arwen ▬ Together ?   Dim 30 Déc - 14:01

Arwen Hedger

❝ All Together, As A Whole ❞



    SURNOM : Ginnie
    AGE : 19 ans
    PAYS D'ORIGINE : Angleterre
    NÉ(E) LE : 21 juin
    STATUT : Élève
    GROUPE : Dawel
    CLASSE OU MATIÈRE : Neptune
    RACE : Métamorphe
    DON OU ANIMAL : Biche



Physique
TAILLE : 163 cm
POIDS : 48 kg
CHEVEUX : Longs, une mèche lui barre le front
YEUX : Beaux yeux en amande
TROUBLE(S) PHYSIQUE(S) : Des cicatrices et hématomes
SIGNE DISTINCTIF : Aucun


Mental
ORIENTATION SEXUELLE : Hétérosexuelle
QUALITÉS : Douce, studieuse, volontaire
DÉFAUTS : Traumatisée, lunatique, complexe
GOÛTS : Elle aime les musiques douces et les enfants
RÊVE(S) : D'oublier son passé
CRAINTE(S) : Les hommes
AUTRE(S) : Biche oh ma biche ~


Mon passé
Il était une fois
Once upon a Time


Je ne suis pas une de ces femmes qui aiment être remarquées. Je crois même que c'est le contraire. J'apprends à me fondre dans mon environnement, j'essaie de ne pas parler trop fort, je calque mes gestes sur ceux des autres, en tentant le plus souvent de les imiter et de suivre le mouvement comme je le peux. Je n'ai pas eu l'habitude de vivre dans ce genre de société, mais avec un peu de bonne volonté, je reste intimement persuadée que tout est possible. Alors, c'est vrai, je marche la tête haute, mais je garde constamment le regard baissé. C'est rassurant d'être banal, non ?



Dynamique et joyeuse, jusqu'à ses quatre ans, Arwen respirait la joie de vivre et la liberté. Petite poupée de porcelaine au visage d'ange, le pire malheur qui lui arriva au cours de ce mouvementé début de vie fut la perte de sa peluche préférée, Snookie, un petit rat noir pas plus gros qu'un classeur. Autrement dit, une vie paisible et magique. Arwen avait une mère, présente et aimante, un père doux et tendre, une belle maison, un compte en banque commun suffisamment rempli. Mais ce qu'Arwen avait de plus cher, de plus beau, ce à quoi elle tenait par-dessus tout, même en étant si jeune, c'était bien son grand frère, Ace, de trois ans plus âgé. Le garçon le plus gentil qu'une enfant peut désirer avoir dans son entourage. Du moins, c'est ainsi que la petite ange voyait celui qui lui servait de modèle à chacun de ses pas.

Si je devais me comparer à un objet, je crois que je choisirais l'horloge. L'horloge est, à mon sens, quelque chose de très représentatif : le temps passe, s'écoule et pourtant ses aiguilles refont inlassablement le même chemin, sans jamais déconnecter avec leur précédent circuit. Une rengaine monotone qui ne se sépare pas du passé malgré tous ses efforts pour avancer. Et puis, le mécanisme d'une horloge est quelque chose de fragile qui nécessite de l'entretien, non ? Retirer la poussière, graisser les rouages, remonter, bricoler, contrôler, vérifier, admirer. Beaucoup de propriétaires oublient ce genre de bien au fond d'un grenier. Je trouve ça vraiment dommage.



Peut-être pensaient-ils qu'il s'agissait là du drame qui marquerait à jamais leurs vies ? Sans doute. Ils étaient pourtant loin de s'imaginer à quel point leur monde allait changer. A la mort des parents Hedger dans un stupide crash d'avion, les deux enfants furent envoyés dans un orphelinat. La petite fille aux longs cheveux alezans savait quatre ans. N'ayant plus aucune famille vivante -et aucune famille ne voulant jamais d'eux-, ils y restèrent au final un bon bout de temps. Mais le temps passant, malgré le chagrin de se retrouver seuls, Arwen gardait le sourire et la joie de vivre. « Le principal, c'est qu'on soit ensemble ! » n'arrêtait-elle pas de répéter à son frère. Elle n'avait pas tout à fait tord en fait. C'est, quelque part, une chance inouïe de ne jamais avoir été séparé l'un de l'autre. Ace continua à veiller sur sa petite sœur, cette dernière continua à être heureuse -regrettant amèrement de ne pas pouvoir également le protéger-. Cette vie monotone, mais stable, dura sept ans.

Avez-vous déjà pris le temps de vous arrêter pour admirer le soleil ? Quand ses rayons chauds et rassurants caressent votre visage, avez-vous déjà ressenti cette vague de chaleur qui vous submerge ? Moi ? J'en profite, chaque jour de ma vie. Je prends le temps de regarder le ciel. Après un certain temps dans l'ombre et la peur, même si l'air libre effraie, il est si merveilleux de respirer à pleins poumons, que j'ai bien l'intention de m'en délecter encore longtemps. Vous devriez, vous savez, prendre le temps de vous aimer, d'aimer ce que la vie vous offre. Personnellement, j'ai eu le temps de bien philosopher à ce sujet.



On se dit que c'est forcément un cauchemars, un mauvais rêve et que, d'une seconde à l'autre, on va se réveiller. Oui, mais voilà, on a du mal à s'éveiller de cet horrible rêve, d'un genre si spécial, qui fait si mal. On se dit que le matin, quelqu'un viendra nous tirer de là. Et on se retrouve seul. Arwen était terrorisée. Il n'y avait pas d'autre mot. Elle se demanda beaucoup « pourquoi a-t-il fallu que ça nous arrive ? », mais personne ne su jamais lui donner de réponse. Les caresses, qu'on leur offrait, étaient sans amour, dénuées de douceur, dépourvues de tendresse. Quel désir pouvaient-ils éprouver auprès de gamins au physique si juvénile ? Personne, là-bas n'agissait de manière désintéressée. Tous étaient dominateurs, violents, égoïstes et menteurs. Tous. Sauf les captifs. Sauf son frère dans les bras de qui, chaque soir où ils étaient réunis, elle venait s'endormir, les larmes ruisselant sur son beau visage.

Dans une cellule voisine, se trouvait une jeune femme très silencieuse. Elle avait de longs cheveux blonds, un air angélique. Elle était plus vieille qu'eux, sans aucun doute, mais son corps meurtri témoignait du temps qu'elle avait passé dans ce lieu tenu secret, loin du monde extérieur. Arwen la surnommait Haïbarra. « Quitte à avoir une identité, lui avait-elle dit un soir, autant que ton nom soit poétique. » La blondinette avait souri tristement. Il y avait quelque chose de magnifique chez cette femme fragile. Un quelque chose qui faisait que personne, là-bas, ne souhaitait lever la main sur elle. Peut-être sa docilité adoucissait les mœurs ? Quoiqu'il en soit, elle recevait le même traitement que les autres. Haïbarra était l'amie d'Arwen. Sa particularité ? Elle était muette. Au fil des semaines, elle refusait de manger, perdait beaucoup de poids et devenait squelettique. Sa peau blanche pâlissait à vue d’œil, devenait plus terne, plus grise. Les cernes sous ses yeux s'accentuaient, ses cheveux tombaient. Haïbarra se laissait dépérir. Et quand Arwen la suppliait de manger, de bouger, elle se contentait de sourire. Elle était devenue, en quelques jours, effrayante. Elle avait perdu toute sa splendeur. Et que faisait ces hommes, quand les captifs n'étaient plus excitant ? A votre avis. L'histoire d'Haïbarra se termine là. Elle fut battue à mort devant ses camarades de cage. Sous les yeux impuissant de sa seule amie. Ce qui resta de la belle blonde après cela ? Un peu de sang, des vêtements en lambeaux, des cheveux blonds et un sourire triste à jamais figé sur un visage de poupée. Ce soir là, elle se fit la promesse de ne jamais tenter de se suicider.

Personne n'était là pour nous tirer de nos cauchemars. Et nos appels au secours restaient sans réponse. Les hommes et leur souffle rauque, leurs grandes mains sèches, leurs gestes violents et précipités, sur des peaux d'enfants, petits anges et petites poupées tombées du ciel jusqu'à cet enfer. Je me suis souvent demandée : 'Qu'est ce qui m'arrive, qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? J'ai mal, atrocement mal. C'est quoi cette douleur ?' Puis, j'ai fini par comprendre. Cette douleur, c'était celle de ne plus avoir mes règles depuis trop longtemps, celle d'un utérus abîmé pour toujours. Je n'avais pas mérité ça et, en vérité, personne là-bas n'avait mérité pareil supplice.



Le soir où Ace prit la virginité de sa sœur, cette dernière ne pensa plus qu'à deux choses : d'un côté, son premier rapport sexuel aura été avec ce frère qu'elle admirait tant, de l'autre, à partir de cet instant, ces monstres iraient toujours plus loin que ces quelques caresses qu'elle recevait quotidiennement. Ils avaient forcé leur intimité, violé leur corps, brisés leurs souvenirs, volés leur identité. Mais la fierté de la jeune femme resta longtemps intact. Intact dans l'enfer, parce qu'il fallait s'accrocher à quelque chose pour ne pas sombrer. Bien que, parfois, elle aurait préféré mourir pour ne pas être un fardeau pour son frère. Un soir, désespérée et souillée, elle rompit la promesse qu'elle s'était faite.

Cette nuit là, elle avait dérobé le couteau du gardien, après un passage dans sa chambre -à votre avis, comment ses employeurs le payaient, si ce n'est en plaisir sexuel-. Et, c'est vrai, elle avait tenté de se trancher les veines en se sectionnant le poignet. Bien sûr, son frère l'avait arrêté avant qu'elle ne commette l'irréparable et l'avait violemment giflé, l'envoyant au tapis en une seule claque. « Ace... » Il ne lui avait pas répondu. « Je suis... désolée. » Elle commençait à pleurer, alors il la prit dans ses bras. La consoler ? La protéger. Pas exactement. Car il en profita pour saisir le couteau. Quand ils s'éloignèrent l'un de l'autre, elle le vit, cette lame brillante se rapproche dangereusement du torse de son frère. L'espace d'un instant passa une chose étrange dans son regard : un mélange de résignation et de désespoir, comme si elle se préparait à l'inéluctable. Pourtant, elle bondit littéralement sur ce dernier et lui arracha l'arme dérobée des mains, qu'elle jeta hors de leur cage. « Arrête ! Ne fais pas ça ! Je te l'interdis, c'est clair ? » Elle n'imaginait pas sa vie sans lui. C'était impossible, insurmontable. Plutôt.. mourir ? Les larmes roulaient sur ses joues rouges, comme si le froid mordant qu'il faisait en ce lieu ne pouvait apaiser son visage brûlant de honte et de colère. Elle le regarda fixement, les poings fermés sur la poitrine. Elle venait de comprendre où il voulait en venir. Lui ? De cette voix douce qu'il ne réservait qu'à elle, il répondit calmement. « Ce que tu viens de ressentir, c'est ma douleur. » Arwen ne recommença jamais plus après cela.

Pour ne pas provoquer la fureur de ces hommes, pour ne pas qu'Ace s'inquiète et pour ne pas mettre en danger ce frère auquel je tenais tant, j'ai poussé des hurlements que moi seule pouvais entendre. En bref, l'aversion, l'effroi et la haine, voilà ce que la vue de ces hommes provoquait en moi. Au plus profond de mon cœur, je ne pouvais plus supporter leur manière de nous déshabiller du regard. Ils me faisaient réellement peur. Et quand j'ai peur, je n'ai plus de voix. Je suppose que garder tout cela pour soi est une mauvaise chose, mais trouver la force d'en parler est très, voire trop difficile, surtout pour une enfant. Alors, près de mon frère qui était si fort par rapport à moi, je préférais me taire. Le silence était la seule paix que je parvenais à trouver.



« On ne détecte aucun battement de cœur du fœtus, donc je présume qu'il y a mort fœtale intra-utérine. » Frémissements, peur. Elle était enceinte. Arwen leva les yeux vers le médecin. Du coin de l’œil, elle regarda son bourreau. Le médecin était-il au courant de ce qu'il se tramait si proche d'eux ? Sans doute. Il était sûrement dans la combine d'ailleurs. Peut-être l'aurait-il tué si Arwen n'était pas si demandée par les clients ? Si 'précieuse' pour eux. Incapable de parler normalement à un homme à cause des viols, elle hocha sagement la tête en attendant la suite, les yeux déjà humides. « Si on ne fait rien, les douleurs abdominales et l'hémorragie vont s'aggraver. Il vaut mieux pratiquer une intervention chirurgicale tout de suite. » Elle se leva brutalement. L'homme qui l'accompagnait fit un mouvement en sa direction, ce qui la dissuada d'esquisser le moindre mouvement. « Quoi ? C'est quoi ça ? » Il la regarda fixement. « C'est comme pour un avortement. Nous procédons à l'élargissement du col de l'utérus, ça fait très mal, mais il va falloir supporter. Une longue hémorragie risque de durer plusieurs semaines après ça, mais c'est la seule solution. » En rentrant par la suite, elle retrouva son frère muré dans le silence. Elle ne lui adressa pas non plus la parole, pour une tout autre raison : la douleur l'empêchait véritablement de parler. Suite à cet évènement, Arwen fit d'autres fausses couches et avorta plusieurs fois, ce qui failli lui coûter la vie.

Même si le noir de notre cellule était oppressant, il était presque rassurant d'être entouré d'ombre. C'était le synonyme de paix, en fait. Cela signifiait que nous étions ensemble, seuls, loin de ces monstres qui nous volaient peu à peu notre joie de vivre. Je me souviens bien de ces instants. J'avais froid. Très souvent. Congelée jusqu'aux os. Alors, je me blottissais contre mon grand-frère. Je posais ma tête sur son épaule et parvenais malgré tout à m'endormir. Malgré la peur et la haine. Malgré l'avenir incertain qui nous attendait.



Arwen avait quatorze ans à la sortie de cet enfer. Malheureusement, elle ne garde quasiment aucun souvenir de cette soirée où ils sont, enfin, parvenus à s'évader de leur prison. Parfois, par la suite, quelques flashs lui reviendront, sans grand intérêt. Trop choquée, trop affaiblie. Elle se souvient néanmoins avoir perdu de vue son frère alors qu'il lui hurlait de courir, ces hommes sur leurs talons. Pas le choix, ils savaient tout deux ce qu'il les attendait. Elle se souvient aussi avoir entendu des coups de feu, des balles siffler à ses oreilles. Tourner aux détours des ruelles, filer sans réfléchir, le plus rapidement possible. Quand elle s'arrêta, la rue sombre était déserte. Plus aucune trace de ses bourreaux. Son cœur battait dans sa poitrine, la sueur coulait le long de sa tempe. Plus aucune trace d'Ace. Elle se mit à pleurer, en silence. Une voiture s'arrêta à son niveau et un homme en descendit. Quelques instants plus tard, elle était saine et sauve devant les portes d'un orphelinat.

« Vous faire avorter, à cette étape de la grossesse, serait bien trop risqué. Je crains même que vous ne puissiez plus avoir d'enfants plus tard, mademoiselle. » Quand on a quatorze ans c'est comme une condamnation à mort. Elle haussa vaguement les épaules. Un enfant. Alors, elle se rendit compte de l'ampleur de la chose. Elle était enceinte et cette fois, personne ne pouvait plus rien faire pour elle. Elle tenta alors de se souvenir qui pouvait être le père de l'enfant. Ce fut comme une évidence. « Je... » Le médecin pencha la tête sur le côté. C'était la première fois qu'elle prenait parole depuis qu'un inconnu l'avait mené à l'orphelinat. Il lui sourit. Elle ne répondit pas à son sourire. Il la fit sortir de la pièce et expliqua à la femme qui l'accompagnait. « Cette jeune fille a des bleus sur tout le corps, je ne pense pas qu'il s'agisse de relations consentantes. » Cette dernière soupira bruyamment. « Oui, nous sommes au courant. Elle est assez... perturbée. Mais elle ne parle jamais. Elle doit encore être sous le choc. » Il reprit. « Ce qu'il y a de mieux à faire, pour elle comme pour l'enfant, c'est qu'une fois son fils venu au monde, qu'elle lui trouve un foyer stable. Elle est encore jeune, elle pourra refaire sa vie. » Arwen leva la tête et plongea son regard dans celui de l'homme. « Il y a des choses que je ne pourrai jamais oublier. » Mais pour l'heure, elle attendait un petit garçon.

Certains ne manifestent pas leur traumatisme. Beaucoup se renferment dans un silence morbide pour ne jamais en sortir. Ils ferment leur cœur, ferment les yeux et continuent à évoluer dans un monde qui leur est devenu totalement étranger. Ce n'est pas ce que je voulais devenir. Une espèce d'âme errante au milieu des vivants ? Très peu pour moi. J'ai toujours fait les efforts nécessaires pour remonter à la surface. J'ai essayé de m'intégrer, d'apprendre à vivre en communauté, même si cela a toujours été difficile. J'ai aussi réapprit à vivre normalement et principalement à sourire comme avant. Une épreuve de tous les jours, car, même une fois sauvée, je devais porter le deuil de mon frère et une nouvelle vie en moi.



Un après-midi, Arwen se tenait assise, immobile à son bureau, sa main droite caressant tendrement son ventre rond. La gauche écrivait frénétiquement une lettre adressée à son futur enfant. Elle était seule dans cette grande chambre sombre, l'orphelinat avait mis à sa disposition tout le confort nécessaire -du moins, le strict minimum- pour une femme enceinte. Que dis-je, une enfant. Mais son visage était incroyablement paisible, tandis que l'encre noire assombrissait la feuille de papier, qu'on lui avait donné. Arwen avait peur, bien sûr, d'autant plus que ses contractions revenaient régulièrement désormais, mais elle savait que si elle ne se contrôlait pas, si elle ne contrôlait pas ses peurs, c'est ce petit être qui vivait en elle qui souffrirait. Son bébé. Cela expliquait en grande partie pourquoi, durant ces trente-sept longues et interminables semaines, suivant sa fuite, elle s'était murée dans le silence, l'impassibilité, l'indifférence, s'isolant loin des jeunes filles de son âge, ne parlant qu'à ce petit garçon qui s'amusait à lui donner régulièrement de vilains coups de pieds. Mais aujourd'hui, ce soir, demain -elle n'en savait trop rien- elle sortirait du silence et exprimerait toute sa colère. Elle le savait, elle ne sentait. Persuadée de pouvoir enfin respirer. Alors, vint la première contraction. Ou plutôt, une crampe. Sa main droite se crispa, la gauche s'arrêta net. Plus de mouvement. Le silence. Une seconde s'écoula, puis deux, trois, avant la seconde crampe au bas ventre, plus violente encore que la première. Elle grimaça. C'était douloureux. Elle s'y attendait. Elle se leva en chancelant et avança péniblement jusqu'au couloir. Progression lente et déséquilibrée. Cela lui parut une éternité. Une éternité, un calvaire sans fin. L'enfer, une nouvelle fois. Sous un nouveau jour. « S'il vous plaît ! Vite, je crois que... Non. Non, c'est trop tôt... » Elle s'appuya à l'encadrement de la porte et passa la tête dans le couloir. Une femme courait dans sa direction. Elle eut le temps de sourire, soulagée, avant de s'écrouler.

« Mademoiselle ? » La femme médecin se tenait à ses côtés. Elle sourit d'un air rassurant, ce qui mit immédiatement la jeune femme en confiance. « Tout va bien pour le bébé. » Elle soupira de soulagement et porta ses mains à son ventre rond. Une bosse se ferma au creux de sa paume. Il était là, vivant. « Mais, nous allons surveiller, de près, cet œdème -elle désigna un extrait d'échographie-, ainsi que votre tension artérielle et le taux de protéines dans vos urines. Je soupçonne un début d'hypertension gestationnelle sévère. Nous allons vous garder jusqu'à l'accouchement. » Elle croisa son regard. « Pardon ? » La femme continua de sourire, malgré tout, ses mains dissimulées derrière sa blouse blanche trahissaient sa gêne de se retrouver face à cette enfant. « Oui. Cela provoque les mêmes symptômes qu'une intoxication. C'est dû à... L'incapacité du corps maternel à faire face à la grossesse. » « Une sorte d'abcès à l'intérieur de mon ventre ? » La voix tranchante d'Arwen s'était élevée, malgré elle, laissant la pin-up en blouse bouche bée. « Je n'ai jamais vu cet enfant comme un organisme répugnant parasitant mon corps, madame. » Quelques larmes se mirent à glisser sur sa joue. « Je ne suis pas une malade rongée par l'infection ! Je ne suis pas faible ! Je suis heureuse de donner cette chance à cet enfant, est-ce que je suis assez clair pour vous ? Alors, arrêtez de me regarder comme ça ! » La jeune femme avait hoché la tête et était sortie sans un mot, laissant Arwen seule avec ses peurs, ses larmes et le souvenir d'un frère trop vite séparé d'elle.

Vous a-t-on déjà poignardé en plein ventre ? Avez-vous déjà eu ce sentiment curieux que l'on vous retire lentement les intestins ? A croire que durant la césarienne, l'anesthésiste avait mal fait son boulot. Finalement, Arwen n'avait jamais vu son fils comme un parasite. Certes, il ne représentait alors pour elle qu'un ensemble d'affreux souvenirs d'un temps qu'elle tentait d'oublier, en vain. Mais quelque part, il était la seule chose qui lui restait de son frère. En s'éveillant dans sa chambre vide, d'interminables heures plus tard, l'enfant n'était plus dans son ventre. Seule avec ses cicatrices et ses douleurs au ventre, elle fixait le plafond. Personne ne viendrait la voir, pas même ces femmes qui s'occupaient d'elle au pensionnat. C'est à cet instant qu'elle le vit. Dans sa couveuse, dans ses couvertures bleues et blanches. Son fils. Quelque chose en elle se manifesta. Comme si quelqu'un d'habile recollait doucement les morceaux de sa vie. Elle le regarda dormir des heures durant et quand elle leva le nez, un couple se tenait dans la pièce, souriant, heureux. Elle tourna le visage vers l'enfant et sourit. Au même instant, ce dernier ouvrit ses grands yeux et la fixa de son beau regard céladon.
« Tu vois, Adrian, mon ange, voilà tes parents... »

Je ne pouvais pas faire comme si ce n'était jamais arrivé. C'était un secret. Je me suis fait la promesse de ne jamais le dévoiler, à personne. Ne jamais révéler ce passé si douloureux que j'ai souhaité garder pour moi. Peut-être ai-je peur du regard des autres ? Quoique, me mépriser ne pourrait aucunement m'affecter. Mais tout cela, la combinaison de ma vie, chaque rouage de l'horloge brisée que je suis, m'a bien appris que l'on ne peut survivre qu'avec beaucoup d'espoir. Le résultat de tout cela dites-vous ? J'ai l'intention de ne jamais me marier. Parce qu'il y a des choses qui ne s'oublient pas, parce que je serai, sans doute, poursuivie par mon passé pour le restant de mes jours, parce que cela me fait souffrir et me fait peur. Et tout simplement parce qu'en voyant le mal partout, j'ai l'impression de devenir folle. Adrian ? Je lui écris souvent, il me répond comme il le peut, du haut de ses cinq ans, par des dessins surtout. Ses parents m'envoient des photos de lui, des vidéos, prennent de mes nouvelles. Je ne perds pas une miette de leur vie de famille. C'était le seul souhait que j'avais formulé, il s'est exaucé.



Lire, encore et toujours. Se noyer dans un flot incontrôlé de mots, d'histoires, de phrases, de connaissances. Chaque soir, la même rengaine, le même rituel. Un livre, n'importe lequel, du conte pour enfants, au dictionnaire, en passant par les manuels de science naturelle. De tout et de n'importe quoi, pour se rassurer, pour espérer, pour oublier. Mais tous les soirs, alors qu'elle posait son bouquin sur sa table de chevet, alors qu'elle éteignait la lumière, ne laissant qu'une pâle veilleuse, alors qu'elle achevait une prière pour son frère -elle qui n'était pas croyante-, alors qu'elle fermait délicatement ses paupières, Arwen était en proie à ses terribles cauchemars. Et chaque soir, elle hurlait, de toutes ses forces. La tête entre les mains, elle mordait violemment son oreiller et laissait ses larmes couler sans jamais chercher à les retenir. Arwen, ou plutôt Ginnie, était ainsi. Détruite, brisée. Devant le regard impuissant de sa famille adoptive, elle se brisait la voix, s'enfonçait les ongles dans la peau et se renfermait sur elle-même. Puis, chaque matin, comme une nouvelle chance offerte par la vie, elle se levait et descendait en silence jusqu'à la cuisine, les yeux gonflés et rougis par une nuit d'épouvante, semblable à toutes les précédentes.

Ma famille d'accueil a su apporter un peu de paix à ma 'sinistre' existence. Les Keats sont des gens merveilleux, vieillissant, qui n'ont jamais pu avoir d'enfant. Je suis tombée chez eux comme un 'cadeau divin'. Ils se sont pourtant rapidement aperçu qu'à l'orphelinat, on ne leur avait pas tout dit de mon passé. Mais même dans l'ignorance, même en ne sachant que peu de choses, ils ont toujours été présents à mes côtés. Pour cela, je les remercie, sincèrement. Malgré tous leurs efforts pourtant, ils n'ont jamais pu changer ce que la vie a fait de moi. Ils ont simplement participé à ma reconstruction, dans le but de me rendre meilleure. Moi, Ginnie Arwen Hedger. Fille d'un couple décédé, privée d'identité, meurtrie par son passé, sœur d'un frère assassiné. Du moins, c'est ce que je pensais... Ils m'envoyèrent par la suite dans un pensionnat plutôt loin de chez moi. Ce qu'ils oublièrent de me dire ? Qu'un homme portant le même nom de famille s'y trouvait.



    PRÉNOM/PSEUDO : Swan
    AGE : 16
    COMMENT T'AS DÉCOUVERT LE FORUM ? : ~
    T'AS UNE PROPOSITION L'ARTISTE ? : ~
    C'EST QUI SUR TON AVATAR ? : Yahisa Tsukiko [Starry Sky]
    CHOCOLAT OU VANILLE ? : Vanille
    TU RP DEPUIS COMBIEN DE TEMPS ? : ~




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Dernière édition par Ginnie A. le Lun 6 Mai - 20:11, édité 2 fois
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Ginnie A.
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MessageSujet: Re: Arwen ▬ Together ?   Mer 2 Jan - 22:33

    Terminée ! o/
    Amen ! Alléluia !

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Dernière édition par Ginnie A. le Dim 3 Mar - 13:16, édité 1 fois
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Anessa Deane
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MessageSujet: Re: Arwen ▬ Together ?   Mer 2 Jan - 22:57

Bienvenue petite biche n.n



Alors... Par où commencer... Un personnage magnifique, fragile et délicat, Une histoire très bien écrite avec des passages sublimement écrits (d'ailleurs, je ne sais plus si j'ai mit une heure ou deux minutes à la lire). Ton histoire est touchante et ta manière d'écrire est envoûtante.
Tu est validée avec un immense plaisir, je te souhaite de magnifiques RPs o/




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MessageSujet: Re: Arwen ▬ Together ?   

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